Descriptif
La suberaie est un type de forêt essentiellement méditerranéenne occidentale. Ses peuplements naturels s’étendent sur sept pays au nord et au sud de la Méditerranée, présentant des réalités économiques différentes : Portugal, Espagne, Algérie, Maroc, Tunisie, France et Italie. Il existe actuellement 2,5 millions d’hectares de suberaies.
Le chêne-liège (Quercus suber) est une essence exigeante en chaleur, humidité et substrat. Son étage de végétation se situe entre le mésoméditerranéen (chêne vert) et le supraméditerranéen inférieur (chêne pubescent), humide et sub-humide à hiver frais.
C’est une essence de pleine lumière (héliophile), exigeant une forte insolation à l’état adulte. La pluviométrie annuelle moyenne se situe au dessus de 600 mm, avec un optimum supérieur à 1000 mm. Durant la saison sèche surtout, le chêne-liège a besoin d’une humidité atmosphérique assez élevée.
Les températures annuelles moyennes doivent s’étaler de 13 à 18°C (thermophile), l’arbre ne supportant pas les froids prolongés.
Le chêne-liège est une essence forestière strictement calcifuge, qui préfère les sols profonds siliceux ou sableux, développés sur grès, granite, gneiss ou schiste et fuit les sols compacts, argileux ou hydromorphes.
De croissance assez lente, le chêne-liège peut atteindre vingt mètres et a une longévité de 250 à 300 ans.
Les structures de peuplements :
• la futaie régulière se conduit assez facilement. Les éclaircies ont pour objectif de diminuer la densité au profit des arbres les plus productifs, autour d’une à trois classes de diamètres, tout en conservant un couvert suffisant. Elles sont réalisées à chaque récolte. La densité finale préconisée est de 350 à 400 tiges par hectares.
La futaie régulière de chêne-liège présente généralement un sous bois plus propre.
La régénération de ce type de peuplement est cependant plus compliquée. Les coupes d’ensemencement entraînent une explosion du maquis peu profitable au semis. Cette régénération peut être assistée (débroussaillement de trouées, crochetage). Elle doit se faire par bouquet afin d’éviter les coupes rases trop importantes tout en tenant compte de la durée de survie des sujets.
Ce type de gestion assure un revenu qui augmente en fonction de l’âge du peuplement. Cela sous-entend un trou de production de la régénération à l’âge d’exploitation (diamètre > 25 cm ; environ 30-40 ans).
• La futaie irrégulière demande une attention particulière. Son principe repose sur une régénération continue. Les éclaircies se font dans toutes les classes de diamètres afin de conserver un équilibre entre les jeunes sujets improductifs (diamètre < 25 cm) et les arbres productifs.
La régénération se fait dans les trouées laissées lors de l’élimination des arbres improductifs.
Cette gestion assure un revenu régulier, sans trou de production, grâce à un renouvellement continu du peuplement. Elle nécessite cependant des interventions sylvicoles régulière pour maintenir l’équilibre.
Orientation de gestion
La sylviculture du chêne-liège peut s’orienter selon deux objectifs :
La production de liège : le chêne-liège est la seule essence forestière française cultivée pour son écorce. On cherche à obtenir un fût élagué et si possible droit, afin de faciliter la récolte et d’homogénéiser les produits, d’une hauteur de deux à cinq mètres en fonction des stations forestières et du diamètre des arbres. On facilite le développement de deux à quatre branches charpentières pour étendre le houppier, l’idéal étant que l’arbre soit en situation de croissance libre. De ce fait, les densités préconisées sont relativement faibles : 100 tiges/ha en peuplement final. Les densités de plantations varient suivant les régions en fonction des taux de réussite ; ces taux étant très faibles en France, et la croissance initiale très lente. Le sous étage doit être maîtrisé pour limiter la concurrence aux chênes et diminuer la combustibilité.
La récolte du liège est effectuée de mi-juin à mi-août, en pleine sève avant que les cernes annuels de liège, produits pendant la saison de végétation, ne se soit lignifiés. Après une première levée enlevant la première écorce (liège mâle, de qualité médiocre), le liège est récolté tous les huit à quatorze ans, une dizaine de fois au cours de la vie de l’arbre.
La protection contre les incendies :
La suberaie présente un double intérêt dans la protection des forêts contre l’incendie :
- par le rôle de pare-feu arboré, permettant une intégration paysagère des coupures stratégiques, tout en maintenant l’activité subéricole,
- par la rapidité de reconstitution des peuplements après un incendie. La protection apportée par le liège lorsqu’il est épais permet à l’arbre de résister à l’incendie. Trois mois après le feu, le chêne-liège se couvre à nouveau de feuilles, au moins partiellement. Le peuplement reste productif et continue à jouer un rôle protecteur contre l’érosion des sols. Toutefois, une suberaie incendiée reste une forêt dégradée, affaiblie. Le liège brûlé n’est plus valorisable, et tous les arbres ne survivent pas.
Il s’agit donc de contrôler la végétation basse et de rompre la continuité verticale.
Notons que le sylvopastoralisme en suberaie est une solution très intéressante qui va vers une complémentarité et un équilibre des activités d’un territoire. En effet, le sylvopastoralisme se traduit :
- pour le propriétaire forestier, par une maîtrise à moindre coût de la végétation adventice, et donc une diminution de la biomasse combustible, mais aussi par une amélioration de la pénétrabilité du peuplement,
- pour l’éleveur, par une augmentation de la surface de pâturage et une diversification du système fourrager,
- pour l’aménagiste, par une valorisation paysagère, le maintien d’une activité dans l’espace rural, la diminution du risque incendie et l’accroissement de la biodiversité.
Débouchés
L’unique produit issu de la sylviculture du chêne-liège est son écorce, le liège, utilisé pour ses nombreuses qualités telles que l’isolation thermique et phonique, un fort pouvoir d’absorption, une haute imperméabilité, une élasticité et une compressibilité intéressantes, un faible poids, une faible combustibilité ou encore une absence de toxicité.
Ainsi, on retrouve ses utilisations dans deux types d’industries :
•l’industrie du liège naturel : bouchonnerie, rondelles, disques, articles en liège naturel divers (pêche, chaussures, jouets, etc.)
•l’industrie de l’aggloméré : isolation, granulés, revêtement, bouchons, bouchons de champagne.
3 tonnes de liège mâle donnent 1 tonne de liège expansé noir (pour isolation) aggloméré ou en granulés.
100 kg de liège femelle brut donnent :
-10 kg de bouchons (soit environ 3 000 bouchons)
-22 kg de granulés de liège blanc aggloméré ou non (bouchons, agglomérés, panneaux d’affichage, élastomère, objets divers,etc.)
-50 kg de liège expansé noir
-18 kg de chutes (poussière de liège pour le colmatage des bouchons, substrat de culture, etc.).
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